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ACTUALITE : Quelques réflexions
sur les taux de rentabilité exigés
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GRAPHIQUE DU MOIS : Les introductions
en bourse depuis 1987
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RECHERCHE : De nouvelles idées
sur la structure financière
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QUESTION & REPONSE : Intérêts
et inconvénients de la filialisation des divisions
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ACTUALITE
: Quelques réflexions sur les taux de rentabilité exigés
On entend
souvent des investisseurs exiger sur leurs investissements une rentabilité
de 15% et presque aussi souvent des dirigeants proclamer que leur objectif
est d'atteindre une rentabilité au moins égale à ce chiffre au point qu'il
en est presque devenu magique. Qu'en penser ?
Dans les
conditions actuelles de marché, le taux de rentabilité à exiger d'une
action de risque moyen (*1) correspond à environ 9%, soit le taux des
obligations d'Etat à 10 ans (4,9% environ) majoré d'une prime de risque
de l'ordre de 4,5% (*2). Demander du 15% c'est donc beaucoup trop et totalement
injustifié, sauf pour les entreprises qui ont un coefficient bêta d'au
moins 2,2 : moins de 0,2% des grandes entreprises européennes cotées ont
un tel bêta !
Comment
une société pourrait-elle durablement obtenir ces 15% exigés ?
- Par l'effet
de levier de l'endettement : l'entreprise s'endette et peut porter la
rentabilité comptable de ses capitaux propres à un niveau supérieur
à la rentabilité de son actif économique à condition que celle-ci reste
supérieure au coût net de l'endettement. Cette déconnexion est d'autant
plus forte que le niveau d'endettement est important. Pour une entreprise
de risque moyen, une rentabilité des capitaux propres de 15% nécessite
probablement des dettes de l'ordre de grandeur de 150% des capitaux
propres. C'est à peu près la structure financière actuelle de France
Télécom, mais toutes les entreprises sont loin d'avoir la récurrence
de ses cash flows ! Plus fondamentalement, obtenir ce taux de 15% en
jouant sur l'effet de levier de la dette revient à augmenter très significativement
le risque pour l'investisseur et pour l'entreprise. C'est clairement
le cas dans un LBO, mais tout le monde alors a conscience du risque
d'un LBO.
Est-ce
cela que veut l'investisseur qui demande du 15% ?
- Par la
créativité comptable : la technique du pooling dont les jours sont comptés
en Europe (*3), les dépréciations massives d'actifs qui ont le même
effet et auxquels des groupes (AOL Time Warner, Alcatel …) ont actuellement
massivement recours, font disparaître des pans entiers de capitaux propres,
et permettent d'atteindre plus facilement l'objectif d'un taux de rentabilité
comptable de 15%. Mais évidemment ceci est un leurre. Ce n'est pas parce
qu'une partie des capitaux propres apportés par les actionnaires a disparu
en toute légalité du bilan que les actionnaires ne réclament pas sur
ces capitaux propres le taux de rentabilité qu'ils sont en droit d'attendre
!
Est-ce cela que veut l'investisseur qui demande du 15% ?
- Par des
déconsolidations : l'entreprise met dans des sociétés non consolidées
ses actifs les moins rentables. Dès lors le taux de rentabilité apparent
du groupe s'accroît. C'est se voiler la face et induire la communauté
en erreur. C'est malheureusement plus fréquent qu'on ne le croit. Que
notre lecteur examine les comptes de Coca-Cola. La rentabilité après
impôt de l'actif économique y paraît excellente (18% en 2000) et l'endettement
modéré (0,84 fois l'EBE). Certes, mais des actifs (mise en bouteille
du Coca-Cola) cinq fois plus importants en montants comptables (41 Md$)
que ceux qui restent dans le bilan consolidé (8Md$) ont été opportunément
logés avec les 25 Md$ de dettes qui les financent dans des filiales
à 40%. Elles ne sont bien sûr consolidées que par mise en équivalence
: ni la dette, ni les actifs n'apparaissent au bilan de Coca Cola. La
rentabilité économique de ces actifs hors du bilan Coca-Cola est de
2%, leur EBE n'est que de 5,2Md$ (face à 25 Md$ de dettes…). On imagine
mal que Coca-Cola laisse ces filiales faire faillite : elles portent
son nom et constituent une partie de son activité. Si on les réintégrait
dans le bilan consolidé, on se rendrait compte que la véritable rentabilité
économique après impôt du groupe n'est pas de 18%, mais de 6,2% et que
l'endettement est de 3,3 fois l'EBE (et non 0,84).
Est-ce cela que veut l'investisseur qui demande du 15% ?
- Par un
accroissement du risque opérationnel : pour caricaturer, l'entreprise
pourrait s'étendre en Russie ou en Argentine, pays où les taux de rentabilité
normaux sont beaucoup plus élevés que chez nous compte tenu de leur
risque plus fort.
Est-ce cela que veut l'investisseur qui demande du 15% ?
En fait,
la théorie économique et le bon sens enseignent que sur moyenne période
le taux de rentabilité dégagé correspond au taux de rentabilité normalement
exigé compte tenu du risque. Ceci est de plus en plus vrai compte tenu
des déréglementations et des progrès techniques qui érodent de plus en
plus vite les barrières à l'entrée protègeant les situations de rente.
Des grands groupes, leaders mondiaux de leurs activités avec des brevets,
des marques connues, de fortes parts de marché, des outils de distribution
puissants dans des secteurs à maturité ne gagnent que leur coût du capital
ou marginalement plus : Saint Gobain, Michelin, Air Liquide, et … Coca-Cola.
L'entreprise crée de la valeur lorsqu'elle investit dans des projets qui
pour un niveau de risque moyen rapportent à notre époque, du 7 à 9%, pas
uniquement à partir de 15%. Exiger du 15%, c'est passer à côté de bon
nombre d'investissements créateurs de valeur !
Demander
en tant qu'investisseur, pour un niveau de risque moyen, du 15% est tout
simplement aussi démagogique que d'exiger une augmentation immédiate du
SMIC de 50%, ou la diminution du temps de travail de 33% à salaire constant.
Même Madame Laguiller n'y songe pas !
Pour un
niveau de risque moyen, dans nos pays, 15% est un taux insoutenable que
l'entreprise ne peut durablement pas atteindre, qui est injustifiable
d'un point de vue théorique et qui n'a donc d'autre justification chez
l'investisseur que la méthode Coué. Cette attitude peut conduire à des
comportements dangereux (endettement excessif, déconsolidation agressive).
Espérons que les dirigeants qui se fixent cet objectif de 15% le font
sur des capitaux amputés de dépréciations exceptionnelles ou de goodwill
imputés pour obtenir en fait du 9% sur la base des capitaux propres totaux
apportés par les actionnaires. Qu'ils soient alors pardonnés !
1 Pour plus
de détails sur ce point, voir le chapitre
27 du Vernimmen 2000.
2 Voir la lettre
Vernimmen.net du mois dernier.
3 Voir la lettre
Vernimmen.net de juin 2000.
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GRAPHIQUE
DU MOIS : Les introductions en bourse depuis 1987 (volume de fonds placés
ou levés)
Pour tous
ceux qui auraient oublié que les arbres ne montent pas au ciel !
et 2002
ne s'annonce pas meilleur…
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RECHERCHE
: De nouvelles idées sur la structure financière
Bien qu'étant
aux origines de la finance d'entreprise moderne, la recherche sur la structure
financière (existe-t-il un partage idéal dans le financement de l'actif
économique entre les capitaux propres et l'endettement ?) ne semble pas
avoir épuisé le sujet. Malcolm Becker et Jeffrey Wurgler le démontrent
en publiant un article (*1) qui apporte un éclairage tout à fait nouveau
et intéressant.
Les réflexions
sur la structure financière avaient démarré avec une optique très micro-économique
de recherche d'un optimum dans le mix endettement / capitaux propres qui
minimise le coût moyen pondéré du capital. On se rappelle les travaux
véritablement révolutionnaires de Franco Modigliani et de Merton Miller
en 1958 qui démontraient que, dans un monde sans fiscalité, il n'y a pas
structure financière optimum. Puis en 1963, ces mêmes auteurs ont intégré
au raisonnement la fiscalité des entreprises. Ils concluaient qu'il fallait
s'endetter au maximum puisque la rémunération de la dette (les intérêts)
est fiscalement déductible des profits imposables des entreprises à la
différence de la rémunération des capitaux propres (les dividendes). Mais
M. Miller en apportant une dernière amélioration en 1977, la prise en
compte de la fiscalité des investisseurs (qui a plutôt tendance à être
plus lourde sur les revenus de la dette que sur les revenus des capitaux
propres), a clos le sujet optimisation du coût du capital en revenant
aux conclusions de 1958 : il n'y a pas de structure optimum qui minimise
le coût du capital, même après prise en compte de la fiscalité. Dès lors,
M. Miller incitait implicitement des recherches dans d'autres directions.
Elles ne
furent pas longues à venir, d'abord sur le terrain de l'asymétrie de l'information
qui remet en cause le postulat de la théorie classique d'une information
partagée également par tous et circulant sans coût. Dans la mesure où
les dirigeants ont naturellement plus d'informations sur la bonne (ou
mauvaise !) marche de l'entreprise que les investisseurs, le choix d'un
financement est analysé comme un signal envoyé par les dirigeants aux
investisseurs. Ainsi une société qui s'endette pour financer un investissement
signale de façon crédible au marché la confiance qu'elle a dans la rentabilité
future de l'investissement et dans sa capacité de remboursement. A l'inverse,
une augmentation de capital est plutôt perçue comme le signal d'une surévaluation
de l'action puisque les dirigeants nommés par les actionnaires n'iraient
pas émettre des actions à un cours qu'ils estiment sous-évalué. S'ils
le font, c'est donc qu'ils pensent l'action surévaluée. Ceci explique
que l'annonce d'une augmentation de capital entraîne une baisse moyenne
du cours de l'action de 3%. Mais si cette théorie expliquait les choix
des structures financières, les entreprises devraient alors systématiquement
se financer par obligations convertibles (*2), ce qui n'est pas le cas
(*3) !
Une autre
théorie fut proposée présentant le choix d'un financement comme un mode
de résolution des conflits latents entre des actionnaires confiant des
fonds à des managers qui doivent les gérer au mieux des intérêts des actionnaires
et les dirigeants qui, une fois en place, peuvent alors avoir des objectifs
personnels différents…
La dette,
avec son obligation contractuelle de rémunération et de remboursement,
serait là pour contraindre les dirigeants à ne pas ménager leurs efforts
pour la plus grande satisfaction des actionnaires, la dette jouant alors
le rôle tenu par le fouet dans les fermes et les mines de l'Antiquité
! Si cette théorie dite de l'agence (ou des mandats) expliquait totalement
les choix de structure de financement, l'action d'une société qui émet
de la dette devait s'élever à cette annonce. Or cet effet n'a jamais été
observé.
Ce que proposent
nos deux chercheurs est très pragmatique et a peu à voir avec l'optimisation
micro-économique ou la psychologie humaine. En fait, ils montrent simplement
que la structure financière d'aujourd'hui d'une entreprise résulte, non
d'un choix conscient d'un ratio cible, mais de l'accumulation de décisions
prises dans le passé en fonction du contexte boursier du moment: émission
d'actions quand les valorisations sont élevées et que le contexte boursier
est bon, émission de dettes et rachat d'actions quand les cours sont bas
et la bourse déprimée.
Si les dirigeants
avaient en tête un ratio dettes / capitaux propres, l'entreprise qui procéde
à une augmentation de capital devrait dans la foulée s'endetter pour faire
de nouveau converger sa structure financière vers ce ratio cible. Or ce
n'est pas ce qui est observé. En revanche, de 1968 à 1998, M. Becker et
J. Wurgler montrent que les entreprises peu endettées ont été celles qui
ont procédé à des augmentations de capital quand leur valorisation relative
(mesurée par le rapport valeur des capitaux propres / montant comptable
des capitaux propres) était généreuse et vice versa. De la même façon,
ils montrent que 70% de la structure financière actuelle est expliquée
par des décisions prises il y a plus de 10 ans et donc par les niveaux
de valorisations relatives de l'époque. M. Becker et J. Wurgler en font
le principal déterminant de la structure financière actuelle compte tenu
de l'attitude très pragmatique et opportuniste des directeurs financiers
qui ne fait d'ailleurs que correspondre à l'appétence des investisseurs
: émettre des actions quand les cours sont hauts, s'endetter et racheter
des actions quand les cours sont bas (*4).
1 Journal
of Finance, février 2002, Market Timing and Capital Structure
2 L'obligation convertible n'enverrait pas de signal puisque si l'action
était surévaluée, l'obligation convertible ne serait jamais convertie
en action mais remboursée en cash par l'entreprise, ce qui est le plus
inconfortable pour les dirigeants.
3 Voir la Lettre Vernimmen.net n°10 à venir (mai 2002).
4 Pour tous ces sujets de structure financière, voir pour plus de détails
les chapitres 33,
34
et 44
du Vernimmen 2000.
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QUESTION
& REPONSE : Quel sont les intérêts et les inconvénients pour un
groupe de filialiser ses divisions ? Cela peut-il être considéré comme
une protection anti-OPA ?
Filialiser
des divisions permet d'abord de mieux mettre en valeur les résultats réels
d'une branche autrement noyés dans la masse des résultats de la mère,
et donc de mieux responsabiliser et intéresser, le cas échéant, les dirigeants
de cette division (participation au capital, stock option,... actions
qui seront tôt ou tard rachetées par la société mère à moins que la nouvelle
filiale soit mise en bourse). C'est donc à ce niveau des avantages de
contrôle de gestion et de motivations des collaborateurs.
Ensuite
le capital de ces nouvelles filiales peut être ouvert à des tiers. C'est
donc un moyen de financement que l'entrée des tiers ait lieu par augmentation
de capital (financement de la filiale) ou par cession d'actions (financement
de la mère). C'est
aussi une façon de pouvoir nouer des alliances capitalistes (prise de
participation, fusion) avec un groupe qui peut n'être intéressé que par
les activités de la nouvelle filiale et pas par celle de la mère.
La filialisation
en tant que telle n'est pas un moyen anti OPA, mais l'ouverture du capital
de la nouvelle filiale peut en être un si la filiale est importante relativement
au groupe et si le tiers a négocié le droit de racheter la participation
(majoritaire) de la mère dans la filiale en cas de changement du contrôle
de la mère. Ce type de dispositif doit être mis en place à l'avance et
non pas la veille du lancement de l'OPA ! !
En termes
d'inconvénients, citons :
- la lourdeur
pour remonter les bénéfices sous forme de dividendes (même si les problèmes
de délai et de pression fiscale peuvent en pratique être contournées),
- l'obligation
de déposer les comptes au greffe du tribunal,
- de manière
générale la lourdeur administrative liée à l'existence d'une structure
juridique (comité d'entreprise, conseils d'administration ...) que la
forme juridique de société anonyme simplifiée (SAS) réduit beaucoup.
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