“Commentaire, question ou citation du jour”

Chaque jour de la semaine, nous publions sur les pages LinkedIn et Facebook du Vernimmen, un commentaire de l'actualité financière, une question qui nous a été posée et la réponse que nous avons donnée, et nous citons les classiques à travers des phrases que nous avons repérées dans nos lectures.
Parfois, la veille du week-end, nous soumettons à votre sagacité un remue-méninges dont la correction est apportée de lundi.

Vous trouverez tous ces billets ci-dessous et si vous voulez suivre la page LinkedIn du Vernimmen, c'est ici, et pour la page Facebook au contenu identique.
Et si vous le voulez en anglais, c'est ici.

22-01-2023 : “Très intéressants résultats trimestriels de Procter and Gamble ”

Procter and Gamble vient de publier les résultats de son trimestre clos le 31 décembre qui montrent un recul du chiffre d’affaires trimestriel de 1 %. Mais on aurait bien tort de s’arrêter à ce chiffre, car sa décomposition est très illustratrice de la conjoncture économique actuelle. Le - 1% résulte de 3 effets principaux : Un effet prix de prix de + 10 %, car P&G a augmenté ses prix peu ou prou de l’inflation compte tenu de la force de ses marques. Un effet volume de - 6 %, car les consommateurs ont réduit leur consommation de produits P&G, probablement pour acheter des produits moins chers comme ceux des marques de distributeurs. D’ailleurs la baisse en volume est la plus forte dans les divisions Fabric & Home Care (Ariel, Cash, Lenor), et Grooming (Braun et Gillette), - 7 et -8 %, là où les hausses de prix ont été le plus fortes : 13 et 11 % respectivement. Un effet devise de - 6 %, compte tenu de la force du dollar depuis un an. On notera un taux effectif d’impôt sur les sociétés de 18 %, venant de 19%, qui laisse songeur, quand on sait que les principaux pays où P&G exerce son activité ont tous des taux d’impôt sur les sociétés à des taux supérieurs, et que son principal concurrent, L’Oréal, était à 22,5 % au premier semestre 2022. À cette aune et sur un an, c’est environ 1 Md$ qui est perdu par les administrations fiscales du monde, au titre du seul P&G. Bon début de semaine.

19-01-2023 : “Renault Nissan : divorce au fond de la classe ”

Présenté comme un nouveau départ de l’alliance entre Renault et Nissan, les termes du nouveau partenariat s'apparentent, nous semble-t-il, à un divorce entre deux acteurs qui, d’un point de vue financier, se sont marginalisés au cours du temps, avec des capitalisations boursières respectives de 11 et 13 Md€, à comparer à 4 fois plus pour Stellantis (Peugeot, Fiat, Chrysler), 46 Md€, et 14 fois plus pour Toyota (180 Md€).  Au classement 2021 des ventes de voitures, l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi apparaît 3ème mondiale avec 7,7 M de véhicules vendus, versus 10,5 M pour le 1er (Toyota) et 8,9 M pour Volkswagen. Sur cette base, Renault, seul, va pointer à la 10ème place, et Nissan à la 8ème, plus en rapport avec leur capitalisation boursière. Certes, en vendant progressivement 28 % de Nissan, Renault peut récupérer au cours actuel un peu moins de 4 Md€, mais ce n’est que le sixième du flux de trésorerie d’exploitation de Stellantis en 2022…, et bien sûr, un montant non récurrent. La triste morale de cette histoire est double. Des schémas alambiqués et des gouvernances bancales conduisent rarement à des réussites industrielles, et encore moins financières. Trop compliqués, synergies non dégagées, prés carrés protégés, susceptibilités nationales entretenues par la coexistence de deux entités. Par ailleurs, il fait rarement bon d’être actionnaire aux côtés de l’État quand celui-ci est en direct, comme les Agnelli ont eu l’intelligence de le comprendre en cassant une négociation avancée de fusion avec Renault pour se marier avec Peugeot et créer Stellantis, face aux atermoiements de l’État, premier actionnaire de Renault.  Quant à ceux qui s’inquiètent pour comprendre comment Renault va remplacer la fraction des dividendes de Nissan qui vont disparaître de son résultat, qu’ils se rassurent. Ce n’est pas le sujet. Le sujet est industriel avant tout. Le produit de la vente des 28 % sera réinvesti dans les activités de Renault et générera des résultats supérieurs à la quote-part des dividendes perdus, si les investissements entrepris rapportent leur coût du capital.

Bonne journée

15-01-2023 : “Classements et mensonges ”

N’importe qui travaille en banque d’affaires ou dans les agences de publicité (mais la liste n’est pas exhaustive) sait que les classements publiés sur les opérations de l’année passée sont à prendre. . . pour ce qu’ils sont. Sans parler de choix méthodologiques propres à ceux qui les établissent, bon nombre d’acteurs gonflent d’une façon ou d’une autre leurs chiffres pour apparaître plus haut dans les classements qu’ils ne le sont en réalité. François Derrien et Olivier Dessaint avaient ainsi montré, en 2018, qu’une banque a d’autant plus de probabilité de réaliser des avis d’équité à bas prix, permettant de se faire créditer d’une transaction de fusion-acquisition qu’elle n’a pas conseillée, que sa position à mi-année dans les classements est en baisse par rapport à l’année précédente. Il n’en n’est pas différemment dans les start-ups comme une étude, dont nous publions le résumé dans La Lettre Vernimmen de janvier, l’établit. Si devenir une licorne suppose de dépasser une valorisation de 1 Md, celle-ci est calculée en prenant le prix d’émission des actions lors de la dernière levée de fonds et en le multipliant par le nombre d’actions en circulation. Quoi de plus normal, nous direz-vous ?  Sauf que dans le monde des jeunes pousses, chaque levée de fonds est différente, au sens où des droits particuliers sont accordés aux nouvelles actions émises dont ne bénéficient pas les actions déjà émises : priorité dans l’appropriation du produit de la vente éventuelle, avec un taux de rentabilité minimum garanti aux derniers investisseurs le cas échéant, droits de veto divers (introduction en Bourse, recrutements au-delà d’un certain niveau, etc.). Dès lors, ces actions valent plus cher que les actions déjà émises, et il est abusif de prendre le prix de ces actions privilégiées pour le prix de toutes les actions. Les auteurs de cette étude estiment qu’en moyenne la valeur de l’entreprise est surestimée de 48 % et que 65 des 135 licornes qu’ils ont étudiées ne sont que des centaures (valeur supérieure à 100 M).

Bonne journée

08-01-2023 : “Etude annuelle 2023 sur les dividendes et rachats d'actions au sein du CAC 40 ”

Nous venons de publier notre étude annuelle sur les dividendes et rachats d’actions au sein du CAC 40. Nous vous laissons la lire sur le site Vernimmen.net si vous ne l’avez pas encore reçue. Nous soulignons en complément 4 éléments : 1/ Une nouvelle fois, les chiffres démontrent la fausseté de l’affirmation à l’emporte-pièce qui voudrait que plus de retours aux actionnaires soit mauvais pour l’emploi. Si les retours à l’actionnaire sous forme de dividendes et de rachats d’actions sont en progression de 75 % depuis 2017, l’emploi des groupes du CAC 40 a progressé sur la même période de 13 % et a franchi la barre des 5 millions de salariés dans le monde. 2/ Les retours aux actionnaires de 80 Md€, au plus haut historique, n’affaiblissent pas les groupes du CAC 40 puisque sa capitalisation boursière moyenne est juste à 3 % de son record historique. Par ailleurs, les groupes français continuent de creuser l’écart avec les 40 premiers groupes allemands cotés (qui valent 17 % de moins) et britanniques (qui valent 36 % de moins). 3/ Si les rachats d’actions en 2022 se maintiennent au niveau de 2021 (24 Md€), sans la répétition de la giga-opération de L’Oréal en 2021 (9 Md€), c’est probablement que face aux incertitudes conjoncturelles, les groupes ont préféré utiliser le rachat d’actions plutôt que de trop augmenter leurs dividendes, afin de n’avoir à les baisser ultérieurement en cas de besoin, ce qui leur serait reproché pour les dividendes où la convention est d’éviter les baisses dans la mesure du possible. 4/ Enfin, sous-produit de notre étude, la réalisation que, pour la première fois, l’homme le plus riche du monde est un Français, qui a su avec ses équipes développer ses affaires au-delà des prévisions les plus optimistes, exploiter tout leur potentiel, et allouer plus que correctement son capital. Mais de cela, en France, nul ne parle. Bon début de semaine