|
-
ACTUALITE : Le
goodwill aux Etats Unis -
Evolutions actuelles de la comptabilité américaine en matière de comptabilisation
des acquisitions, implications sur le marché des fusions et acquisition.
-
TABLEAU DU MOIS : Les taux d'impôt
sur les sociétés en France -
Tableau synthétique sur l'évolution des taux d'impôt normal et réduit
sur les sociétés sur la période 1998-2003 pour les PME et les grandes
entreprises.
-
RECHERCHE : L'analyse de
la volatilité des marchés boursiers -
Résumé de deux articles récents de recherche en finance extraits du
Journal of Finance.
-
QUESTION & REPONSE : La fusion
rapide dans un LBO -
Un point sur le débouclage des LBO par fusion de la holding avec la
société cible.
ACTUALITE
: L'évolution du pooling of interests aux Etats-Unis
Aux Etats-Unis,
le FASB (*1) s'apprête à modifier le traitement comptable des rapprochements
d'entreprises par la suppression du pooling of interests (mise en commun
d'intérêts en franglais) et la fin de l'amortissement du goodwill, révolution
qui aura nécessairement des répercussions en Europe.
Le goodwill
ou écart d'acquisition correspond à la différence entre le prix payé pour
acheter une société et la valeur comptable de ses capitaux propres, réévalués
pour tenir compte de plus ou moins-values identifiables. Aux Etats-Unis
et en France, si l'acquisition est essentiellement payée à plus de 90%
en actions (*2), il est possible d'intégrer la nouvelle filiale dans les
comptes du groupe sur la base des valeurs comptables de ses actifs et
passifs. Les actions émises sont inscrites au bilan non sur la base de
leur valeur, mais pour le montant comptable des capitaux propres de la
cible. Il en est de même dans les normes internationales IAS (*3) si de
surcroît l'acquéreur et la cible sont de taille équivalente et que l'on
ne peut pas distinguer ni acheteur ni vendeur. C'est ce que l'on appelle
le pooling of interest. Quel que soit le référentiel comptable, les acquisitions
financées à plus de 10% en liquidités ou quasi-liquidités entraînent la
réévaluation des actifs et des passifs exigibles de la cible et la constatation
d'un goodwill inscrit parmi les actifs incorporels (*4). Celui-ci est
alors amorti sur une durée le plus souvent proche de 20 ans. C'est la
méthode du purchase accounting.
D'un point
de vue conceptuel, les deux méthodes devraient être équivalentes : elles
n'affectent pas les cash-flows futurs du groupe (*5) et donc pas sa valeur.
Il n'en est rien dans la pratique. Les entreprises et leurs conseils dépensent
des trésors d'imagination pour faire d'une acquisition une fusion qui
bénéficie du pooling : il n'y a pas de dotations aux amortissements du
goodwill qui réduisent les résultats futurs ; les taux de rentabilité
affichés sont améliorés car les capitaux employés et les capitaux propres
ont été réduits.
Après avoir
envisagé d'interdire la méthode du pooling et de requérir un amortissement
du goodwill sur une durée maximum de 20 ans, le FASB s'apprête à publier
à la mi-juillet une directive proscrivant la méthode du pooling, ne laissant
subsister que la méthode du purchase accounting mais avec une modification
de taille. Le goodwill dégagé par le rapprochement ne serait plus amorti,
il continuerait de figurer parmi les actifs incorporels ; le cas échéant
son montant serait déprécié si l'on peut démontrer à l'occasion d'un test
annuel de validité (impairment test) que la valeur des actifs (*6) est
inférieure à leur montant comptable.
Le goodwill
devra être déterminé après réévaluation des capitaux propres de la nouvelle
filiale, autorisant ainsi de façon large l'inscription au bilan des marques,
concessions, brevets, logiciels, autorisations d'émettre ou d'atterrissage,
listes de clientèle, ... qui devront être amortis s'ils ont une durée
limitée et soumis au test de validité dans le cas inverse.
Cette norme
devrait prendre effet début 2002. Elle pourrait faire sentir ses effets
en France puisque la COB avait annoncé que si les Etats-Unis remettaient
en cause le pooling, elle ferait de même en France alors que la version
française du pooling, la mise en commun d'intérêts, n'est appliquée que
depuis 1999. Toutefois cette future norme américaine s'oppose à la norme
IAS qui rend de son côté très difficile l'application du pooling et oblige
à amortir le goodwill sur une durée maximum de 20 ans. Que fera-t-on en
France où les normes IAS doivent s'appliquer dès 2003 pour les sociétés
cotées ? FASB et IASB peuvent-ils faire converger leurs points de vue
? Il n'est pas interdit d'être optimiste, le FASB ayant fortement changé
d'avis en moins d'un an sur ce sujet !
Plus fondamentalement,
cette évolution des normes américaines va dans le sens d'une plus grande
rigueur. Il ne sera plus possible achetant une société aux capitaux propres
réévalués de 30 pour un prix de 100 et émettant à cet effet de nouvelles
actions pour 100, de les inscrire au bilan pour 30 grâce au pooling, et
dégageant ensuite un résultat net de 6, de proclamer que le return on
equity est de 20% alors qu'il n'est que de 6% ! L'une des raisons des
taux de rentabilité des capitaux propres et de l'actif économique très
élevés affichés actuellement par de nombreux groupes tient au régime du
pooling qui fait "passer à la trappe" des pans entiers de capitaux propres
; elle va disparaître.
De la même
façon, la sempiternelle question de savoir si l'on doit raisonner en bénéfice
avant ou après amortissement de la survaleur est tranchée. Il n'y aura
plus d'amortissements nouveaux du goodwill puisque le goodwill nouveau
ne sera plus amortissable. Tout au plus sera-t-il déprécié partiellement
pour des montants par nature non récurrents. Certes, il y aura quelques
années de transition puisque les anciens goodwills continueront à être
amortis, mais les rangs de ceux qui les considèrent comme une véritable
charge devraient considérablement s'éclaircir comme nous le préconisons
depuis dix ans.
Enfin tester
chaque année si la valeur de l'actif économique est supérieure à son montant
comptable pour déterminer si le goodwill acquis doit être déprécié, c'est
accepter implicitement d'enregistrer dans les comptes du goodwill créé
en interne qui se substitue progressivement à ce goodwill acquis dont
nous savons tous, dans un monde concurrentiel, qu'il a une durée de vie
limitée. C'est probablement la principale innovation de cette future norme
qui marque une nouvelle avancée des notions de valeur au sein de la comptabilité.
(1) Financial
Accounting Standards Board www.fasb.org.
(2) Pages 97 à 99 de Finance d'entreprise Pierre Vernimmen Dalloz 2000.
(3) International Accounting Standard. (4) Quand le goodwill est positif
ce qui est le cas quasi systématique à notre époque. (5) Hors la situation
rare où l'amortissement du goodwill est considéré fiscalement comme une
charge déductible, ce qui n'est pas le cas français. (6) Evaluée à partir
de l'actualisation des flux de trésorerie disponibles futurs.
Retourner
en haut
*
* *
TABLEAU
DU MOIS : Les taux d'impôt sur les sociétés en France
|
PME (a)
|
Autres sociétés
|
|
Exercice clos en
|
Taux normal
(du court terme)
|
Taux réduit
(du long terme)
|
Taux normal
(du court terme)
|
Taux réduit
(du long terme)
|
|
1998
|
36,66% (1)
|
20,90%
|
41,66%
|
23,75%
|
|
1999
|
36,66% (1)
|
20,90%
|
40,00%
|
22,80%
|
|
2000
|
36,66% (1)
|
20,90%
|
37,76% (2)
|
21,53% (2)
|
|
2001
|
35,33% (3)
|
20,14%
|
36,43% (2)
|
20,77% (2)
|
|
2002
|
34,33% (4)
|
19,57%
|
35,43% (2)
|
20,20% (2)
|
|
2003 (b)
|
33,33% (5)
|
19%
|
34,43% (2)
|
19,63% (2)
|
(a)
Sociétés dont le chiffre d'affaires hors taxes est inférieur à 50MF
et dont le capital, entièrement libéré, doit être détenu pour au moins
75% par des personnes physiques (ou des sociétés qui satisfont aux conditions).
(b) La suppression de la contribution additionnelle, ramenée à 3% à
compter de 2002, est programmée à compter de 2003. (1) Possibilité d'opter,
sous certaines conditions, pour une imposition au taux de 19% sur les
premiers 200KF de bénéfices. (2) Pour la fraction du bénéfice excédant
15MF (en deçà, voir taux indiqués dans les colonnes pour les PME). (3)
Pour les exercices ouverts à compter du 01/01/01, 26,5% sur les premiers
250KF de bénéfices. (4) Pour les exercices ouverts en 2001 mais clos
en 2002, 25,75% sur les premiers 250KF de bénéfices. Pour les exercices
ouverts et clos en 2002, 15,45% sur les premiers 250KF de bénéfices.
(5) 15% sur les premiers 250KF de bénéfices (de même pour les exercices
suivants).
Retourner
en haut
*
* *
RECHERCHE
: La volatilité des marchés financiers
Deux articles
récents du Journal
of Finance font le point sur ce thème d'une actualité quotidienne.
Le premier,
Have individual stocks become more volatile ? (*1)
montre que les trois principaux marchés américains (NYSE, AMEX, NASDAQ)
ne sont pas plus volatiles aujourd'hui qu'ils ne l'étaient il y a 10,
20 ou 50 ans. En revanche la volatilité individuelle des actions s'est
fortement accrue sous l'effet:
- de l'arrivée
sur le marché de sociétés de création récente, donc plus risquées ;
- de la
généralisation des systèmes de rémunération des dirigeants fondés sur
les stocks-options qui les poussent à prendre plus de risques (*2) ;
- de la
disparition progressive des conglomérats (ITT, Gulf and Western, Chargeurs,
...) qui, du fait de la diversification de leurs activités, présentent
un niveau de risque plus faible ;
- et enfin
de l'arrivée plus rapide sur le marché des informations qui se répercutent
donc plus violemment dans les cours.
Comme par
ailleurs, sur les dernières années, la corrélation des actions entre elles
a fortement baissé :
- le risque
d'un portefeuille peut être mieux réduit par la diversification ;
- mais
il faut accroître la taille du portefeuille nécessaire pour réduire
le poids du risque spécifique et obtenir le meilleur couple risque/rentabilité.
Là où avant 20 actions suffisaient, les auteurs estiment qu'il en faut
maintenant 50 (*3) au minimum.
Conséquence
logique de la volatilité constante du marché et de la hausse de la volatilité
des actions qui constituent ces marchés, la corrélation de chaque action
avec le marché dans son ensemble s'est nettement affaiblie. Les auteurs
déterminent que le coefficient de corrélation (le R²) est tombé à
17% ce qui pose le problème de la survie à terme du MEDAF
(CAPM en franglais), le modèle d'évaluation des actions actuellement universellement
appliqué. Le MEDAF postule en effet que les fluctuations des marchés déterminent
essentiellement le taux de rentabilité exigé par les actionnaires à travers
le fameux coefficient b, or elles n'en expliqueraient plus que 17%. D'où
les travaux autour de modèles alternatifs, comme l'Arbitrage Pricing Theory
ou le modèle de Fama French (*4).
Enfin, les
auteurs montrent que la volatilité des marchés s'accroît en période de
récession et en constitue souvent un indicateur avancé. Prions, dans le
contexte actuel de forte volatilité des marchés, pour que cette règle
ne s'observe plus, maintenant que leur travail est publié !
Le second
article, Extreme correlation of International Equity
Markets (*5) corrige l'idée reçue selon laquelle la corrélation
entre les différents marchés boursiers augmenterait avec leur niveau de
volatilité. De 1959 à 1996, pour les cinq plus grands pays industriels
(Etats-Unis, Japon, Allemagne, France et Royaume-Uni), la corrélation
ne s'accroît qu'en période de baisse des marchés, pas en période de hausse.
Ceci est fâcheux puisque c'est au moment même où l'investisseur a le plus
besoin de la diversification internationale de son portefeuille, pour
réduire son risque au-delà de ce que peut faire la seule diversification
à l'intérieur d'un pays, que celle-ci vient à faire défaut puisque les
marchés deviennent synchrones au même moment et à la baisse !
(1) De
J. Campbell, M. Lettau, B. Malkiel et Y. Xu, Journal of Finance février
2001, pages 1 à 43. (2) Cf. Finance d'entreprise de Pierre Vernimmen Dalloz
2000, page 548. (3) Ibidem, chapitre 26. (4) Ibidem, page 426. (5) De
F. Longin et B. Solnik, Journal of Finance, avril 2001, pages 649 à 676.
Retourner
en haut
*
* *
LA
QUESTION DU MOIS: Quelles sont les contraintes pour une fusion rapide
entre la société cible et la holding de reprise dans les
montages de LBO ?
En cas de
fusion rapide, l'administration fiscale peut contester la déductibilité
des frais financiers des prêts contractés par la holding en arguant que
la société rachetée n'a aucun intérêt à fusionner avec sa holding de reprise
puisqu'elle ne récupère que de l'endettement supplémentaire et que la
fusion lui a été imposée par son actionnaire majoritaire la société holding.
Juridiquement,
au-delà de la procédure à respecter propre aux fusions (AGE, rapport du
commissaire à la fusion), une fusion rapide post LBO pose le problème
de la loi 1966 qui interdit à une société de donner des garanties pour
racheter ses propres actions. Or les créanciers de la holding vont prendre
en garantie les actions de la société cible et souvent après la fusion
cible/holding les actifs de la cible. Tout revient alors à ce que la société
cible ait accordé des garanties (sur ses actifs) pour financer le rachat
de ses actions de la holding, ce qui est précisément interdit.
Enfin, s'il
existe des minoritaires au niveau de la société rachetée, une fusion rapide
va entraîner une dilution très forte du contrôle des actionnaires de la
holding puisque la valeur de ses capitaux propres, compte-tenu de sa dette,
est petite par rapport à la valeur de la société rachetée.
Toutes ces
raisons font qu'il est rare qu'une fusion entre la holding de reprise
et la société cible puisse se faire avant un délai de l'ordre de 2/3 ans
après le début du LBO. Pour plus de détails, voir le chapitre
43 de Finance d'entreprise Pierre Vernimmen Dalloz 2000.
Retourner
en haut
|