| - ACTUALITE
: Communiquer sur la création
de valeur - Ou
comment se repérer dans le foisonnement actuel des indicateurs de
création de valeur.
-
TABLEAU DU MOIS : Principales
courbes de taux dans le monde -
Du jour le jour au 30 ans, les taux d'intérêt en Europe,
aux Etats-Unis, au Japon et au Royaume Uni.
-
RECHERCHE : Pratique
des choix d'investissement et de financement -
392 directeurs financiers nous disent quels sont les critères qu'ils
utilisent pour choisir leurs investissements et leurs financements.
-
QUESTION & REPONSE : Les
raisons des rachats d'actions -
Un point sur les principales motivations des entreprises qui rachètent
leurs actions.
ACTUALITE
: Communiquer sur la création de valeur
La place
prise par le thème de la création de valeur en finance a
conduit au développement d'une batterie de nouveaux indicateurs
qui tentent de la mesurer : TSR, MVA, EVA, CFROI, ROCE-WACC, ... dont
les sigles anglo-saxons sont parfois un peu ésotériques.
Gageons que dans l'avenir une certaine consolidation s'effectuera et seuls
quelques indicateurs de création de valeur survivront, à
l'instar de ce qui s'est produit, par exemple, pour les tableaux de flux.
Le foisonnement
actuel n'est pas sans avantage : la concurrence est saine et doit normalement
permettre au meilleur indicateur d'émerger. Plus prosaïquement,
certaines entreprises profitent du flou actuel et de l'absence de normalisation
des calculs pour choisir l'indicateur qui sert le mieux leurs intérêts
du moment, quitte à en changer l'année suivante...
Le tableau
suivant positionne l'apparition chronologique des indicateurs de création
de valeur selon un double critère : leur caractère manipulable
et l'influence des marchés financiers qu'ils subissent.
Sans
surprise, les indicateurs sont regroupés sur une diagonale nord-ouest
/ sud-est, la capacité de l'entreprise à manipuler
ses indicateurs diminuant avec l'expérience des investisseurs et
l'influence des marchés financiers étant croissante. La
Banque de France estime ainsi qu'environ 55% des financements sont en
France d'origine de marché contre moins de 30% en 1978 (*1).
- Les
indicateurs de profit : jusqu'au milieu des années 1980,
l'entreprise communiquait essentiellement sur le résultat
net ou le bénéfice par action (BPA), paramètre
éminent de la comptabilité mais aussi éminemment
sujet à window dressing : éléments exceptionnels,
provisions, ... L'accent progressivement mis sur le résultat
d'exploitation ou l'excédent brut d'exploitation représente
un progrès en réduisant très fortement l'impact
de l'exceptionnel ou des charges calculées.
- Les
indicateurs de rentabilité : la seconde étape est
le raisonnement en terme de rentabilité, c'est-à-dire
d'efficacité, qui rapporte les résultats dégagés
aux capitaux mobilisés pour les atteindre. On parle alors de
rentabilité
des capitaux propres, critère soumis néanmoins
à l'effet de levier : une hausse judicieuse de l'endettement
accroît le plus souvent cet indicateur sans que la valeur n'en
soit pour autant augmentée, l'accroissement du risque annihilant
celle de la rentabilité.
La rentabilité
de l'actif économique (ou des capitaux investis ou employés,
ou encore return on capital employed, ROCE) évite ce biais,
ce qui explique que mis à part certains secteurs où elle n'a
pas de sens (banque, assurance, ...), elle tend à s'imposer comme
indicateur de performance économique.
- Les
indicateurs de création de valeur : cependant la rentabilité
dégagée est, en tant que telle, un critère insuffisant
en matière de valeur puisqu'elle ne prend pas en compte la notion
de risque. Elle reste à comparer au coût des capitaux employés,
c’est-à-dire au coût moyen pondéré du capital
(ou coût du capital, le WACC des anglo-saxons) pour mesurer si
de la valeur a été créée (rentabilité
de l'actif économique supérieure au coût des capitaux
employés) ou détruite (l'inverse).
La communication
peut se limiter à cet écart ; c'est ainsi que Suez a pour
objectif de dégager sur son actif économique une rentabilité
supérieure d'au moins 3% à son coût du capital. Elle
peut aller au-delà en l'appliquant aux capitaux employés en
début d'exercice pour mesurer la création de valeur sur l'exercice
: celle ci est alors exprimée en euros et non plus en pourcentage.
Cette mesure de la création de valeur a été popularisée
sous le nom d'EVA (Economic Value Added) par le cabinet Stern Stewart
& Co. Bien que, la marge entre rentabilité économique
et coût du capital d'une part et l'EVA d'autre part soient de nature
économique, elles subissent en partie l'influence des marchés
financiers qui déterminent le coût du capital.
La Market
Value Added (MVA pour les intimes) et le Total Shareholder Return
(TSR) sont eux fortement influencés par la conjoncture boursière.
La MVA correspond à l'écart entre la valeur des capitaux
propres et de l'endettement net, et leur montant comptable ; elle s'exprime
en unités monétaires. Le TSR s'exprime en pourcentage et
correspond à l'addition du taux de rendement de l'action (dividende
/ valeur de l'action) et du taux de plus-value (plus-value sur la période
/ valeur initiale de l'action). C'est le taux de rentabilité pour
l'actionnaire qui achète son action en début de période
et la revend en fin de période.
Dès
lors, et c'est là leur principale faiblesse, ces deux indicateurs
peuvent faire apparaître une destruction de valeur (qui résulte
de la baisse des anticipations de profits futurs) alors même que
l'entreprise a dégagé sur son actif économique une
rentabilité supérieure au coût du capital. Ainsi Carrefour
dont le cours de bourse a baissé de 25% sur les douze derniers
mois alors que la rentabilité de son actif économique a
été de 9% en 2000 pour un coût du capital de l'ordre
de 7%. A l'inverse, en cas d'euphorie boursière, une société
aux performances économiques médiocres peut afficher des
TSR et une MVA flatteurs. Certes, sur longue période, les
hauts et les bas sont lissés et une société aux performances
modestes aura un TSR et une MVA en rapport ; mais dans l'intervalle il
peut y avoir des écarts considérables.
C'est
d'ailleurs cette considération qui a conduit la COB à préconiser
l'établissement d'une distinction claire entre indicateurs de performance
économique (*2) et indicateurs de création de valeur boursière
(TSR et MVA). En effet, les premiers mesurent une performance passée
sur un exercice alors que les seconds reflètent beaucoup plus une
anticipation de création de valeur dans l'avenir à travers
la prise en compte du cours de l'action qui reflète ces anticipations.
Ils sont donc plus complémentaires qu'antinomiques.
Pour
plus de détails, voir le chapitre 32 de Finance d'entreprise de
Pierre Vernimmen - Dalloz 2000 et l'excellent rapport de la COB "Création
de valeur actionnariale et communication financière" disponible
sur son site www.cob.fr.
1 Pages
323 et 325 de Finance d'entreprise de Pierre Vernimmen - Dalloz 2000.
2 Recommandation
relative à la communication sur la création de valeur actionnariale
du 2 avril 2001.
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TABLEAU
DU MOIS : Principales courbes de taux d'intérêt dans le
monde
Les
courbes de taux d'intérêt actuelles sont de forme "normales"
(taux long terme supérieurs aux taux court terme), ce qui signifie
que les marchés s'attendent à une progression des taux à
court terme par rapport à leurs niveaux actuels une fois que la
croissance économique aura retrouvé son dynamisme d'il y
a peu (*1).
On ne
manquera pas de remarquer la faiblesse des taux d'intérêt
japonais : l'argent au jour le jour coûte 0,07% (sic !) et l'Etat
japonais s'endette à 30 ans à 2,3%. C'est le fruit d'efforts
jusqu'à présent vains pour relancer l'activité économique
qui reste obérée par le poids de l'endettement.
1 Ibidem
pages 475 à 477.
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RECHERCHE
: Confrontation de la théorie et de la pratique de la finance
d'entreprise
Deux
professeurs américains ont mené une large enquête
auprès des dirigeants et directeurs financiers de 392 groupes afin
de déterminer les outils qu'ils utilisent et les critères
qu'ils retiennent pour prendre une décision financière.
Les auteurs de l’article (*1) ont confronté les résultats
de cette étude aux différentes théories modernes
en finance d’entreprise (théories des marchés à l’équilibre,
de l’agence, du signal, du pecking order).
Il en
ressort qu’en matière de choix d’investissement, la Valeur
Actuelle Nette (VAN) et le Taux de Rendement Interne (TRI) sont, à
juste titre, les critères les plus utilisés. Ainsi 75% des
directeurs financiers les retiennent systématiquement pour évaluer
un investissement. Il y a vingt cinq ans ce pourcentage n’était
que de 9 % pour la VAN ! Par ailleurs, le délai de récupération
reste fréquemment utilisé, malgré ses nombreux inconvénients
mis en avant dans l’ensemble des manuels de finance d’entreprise ; il
est vrai que c’est un critère simple et parlant.
Il est
intéressant de noter que les grands groupes utilisent plus souvent
les critères de VAN et de TRI que les PME et que les directeurs
financiers issus d’un MBA les retiennent systématiquement ; à
l’inverse, les dirigeants les plus âgés privilégient
le délai de récupération. Ceci semble montrer que
les avancées méthodologiques dans le domaine de la finance
mettent du temps à s’imposer ; elles le font essentiellement à
travers l'enseignement universitaire, la formation continue paraissant
peu efficace dans ce domaine.
Méthodologiquement,
le calcul de la VAN n’est cependant pas toujours parfaitement bien mené.
En effet d'après cette recherche, bon nombre de dirigeants actualisent
les flux d’un projet au coût moyen pondéré du capital
de leur entreprise, et non pas à un taux reflétant le risque
spécifique de ce projet. Or, il faut garder en tête que les
flux d’un projet très risqué viendront accroître le
risque global de l’entreprise et doivent donc être actualisés
à un taux plus élevé, et vice-versa (*2).
L’interprétation
des résultats de l’étude appliquée au choix d’une
structure financière est moins tranchée. Pour un directeur
financier, l’économie d’impôt liée à l’endettement
n’est pas un critère essentiel de choix d’une structure financière,
tout comme la crainte de coûts de faillite importants, alors que
l’appréhension de la dégradation de la notation financière
arrive en première position. Il est donc rassurant de constater
que les conclusions du second article de Modigliani et Miller (1963) ne
poussent pas les entreprises à se focaliser sur des considérations
fiscales pour décider ou non de s’endetter.
Même
si les groupes déclarent avoir un niveau cible d’endettement plus
ou moins précis, les directeurs financiers fondent, pour 59% d’entre
eux, leurs choix de financement en favorisant la flexibilité. On
retrouve là l’un des thèmes essentiels des recherches actuelles
en matière de finance d’entreprise. L’une des différences
entre dettes et capitaux propres tient à leurs disponibilités
très différentes : il est quasiment toujours possible pour
un emprunteur en bonne santé de lever de la dette ; alors que le
premier semestre 2001 montre que, même pour des entreprises en très
bonne santé, il est parfois quasiment impossible de lever des capitaux
propres. Ainsi les dirigeants saisissent des « fenêtres
d’opportunité » sur les marchés boursiers pour réaliser
des augmentations de capital. Ce faisant, ils optimisent ainsi leur flexibilité
future car, non seulement ils trouvent des fonds, mais ils se créent
aussi une capacité future d’emprunt qui pourra être mise
à contribution en cas de mauvaise conjoncture boursière
fermant momentanément le marché des capitaux propres.
Bien
que les limites du critère de dilution du bénéfice
par action soient soulignées par tous les théoriciens et
enseignants puisqu’il n’est pas automatiquement synonyme de destruction
de valeur, il demeure néanmoins le critère le plus important
mis en avant dans la décision de réaliser ou non une augmentation
de capital. Laissons du temps au temps, les investisseurs saiÿÌÌ
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