Chapitre 55
BONUS (DISPONIBLE UNIQUEMENT SUR LES VERSIONS ÉLECTRONIQUES DU VERNIMMEN ET IPAD DU VERNIMMEN) : Chapitre bonus : L'évolution historique de l'analyse financière

L’analyse financière prend véritablement son essor après la Seconde Guerre mondiale. Avant 1945, l’optique du risque bancaire reste privilégiée. Dans une économie où la concurrence est relativement réduite, les besoins des entreprises sont liés au financement des décalages de trésorerie et sont fondamentalement ponctuels. L’actif, considéré comme une garantie pour le créancier, est analysé dans une optique liquidative. On se refuse à prévoir ce qui est inscrit dans le présent (c’est-à-dire au bilan). Les concepts de fonds de roulement, de capacité d’autofinancement appréhendée comme capacité de remboursement et les ratios de liquidité et d’autonomie financière répondent à ces préoccupations.

Dans les années 1970 caractérisées par des taux d’intérêt réels extrêmement faibles et par une croissance des entreprises élevée, le risque de sous-investissement lié à l’effritement des positions concurrentielles prime sur le risque lié à l’endettement. La vision d’une entreprise faite de besoins et de ressources prime sur les concepts statiques d’actif et de passif ; on étudie l’entreprise en termes de flux et non plus selon une optique liquidative. Les outils d’analyse tendent donc à mettre en valeur la croissance de l’entreprise : besoin en fonds de roulement, bilan fonctionnel centré sur le fonds de roulement et tableau emplois-ressources. Un nouveau concept se développe : l’excédent de trésorerie d’exploitation.

Dès le début des années 1980, alors que les taux d’intérêt réels deviennent positifs et que le ralentissement de la croissance fait découvrir le risque conjoncturel, on assiste à la montée du financement par les marchés de capitaux. L’accent est alors mis sur l’analyse du compte de résultat, conduisant au bénéfice par action et au cours boursier. Ces éléments sont perçus au travers d’une approche globale des questions industrielles et commerciales de l’entreprise, distincte des problèmes de financement. L’excédent brut d’exploitation, le résultat d’exploitation, l’actif économique et la rentabilité économique font leur apparition. Les concepts d’effet de ciseau, de point mort et de levier priment.

Les années 1990 ont mis l’accent sur l’illusion produite par les conventions comptables, plaçant la valeur actuelle des flux futurs au centre des questions d’analyse financière. Toutes les décisions financières sont désormais analysées en termes de valeur. Le développement des outils informatiques de simulation et la montée du rôle des actionnaires convergent d’ailleurs dans cette direction. Les outils d’analyse correspondant à ces préoccupations sont le flux de trésorerie disponible, le tableau de flux et le taux de rentabilité exigé par les pourvoyeurs de fonds de l’entreprise, autrement dit le coût moyen pondéré du capital.

Les excès de la fin des années 1990 ont été facilités par un relâchement de la pratique de l’analyse financière et, à ce titre, l’éclatement de la bulle Internet a été très pédagogique pour les actionnaires. Les créanciers ont pour beaucoup attendu la crise de 2008-2010 pour redécouvrir le risque de crédit trop vite oublié dans une conjoncture économique favorable et les emprunteurs le risque de liquidité que la croyance naïve en des marchés financiers toujours ouverts avait fait négliger.

 

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